French English

Connexion  

   

Suivez-nous sur  

   

Homélie du 3ème Dimanche du Temps Ordinaire Année A "2017"

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 
Détails

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Frères et sœurs, en ce dimanche, Jésus nous invite à la conversion.

Cet appel de Jésus a lieu après l’arrestation de Jean-Baptiste. En effet, Jean-Baptiste est victime de son franc parler, de sa liberté de parole, de son amour pour la justice, de son rejet de l’abus d’autorité, de son rejet de l’impunité. Dans une société où la vérité n’est pas accueillie comme une grâce mais comme un affront, une offense, dans une société où celui qui dit la vérité n’est pas traité comme un héros mais comme un traitre, il n’est étonnant qu’il ait subi un tel sort.

Après cette arrestation, Jésus se retire, il quitte Nazareth. Frères et sœurs, un monde qui condamne l’innocent, qui fait taire celui qui dit la vérité, qui étouffe la vérité, un monde où le puissant doit être acclamé même quand il est dans la faute est un monde qui chasse Dieu, qui le repousse à la périphérie, un monde dont on a l’impression que Dieu se retire.

Et de fait, il nous est déjà arrivé, au vue de ce qui se passe aujourd’hui dans notre société, dans notre monde, de nous poser la question de savoir si Dieu y est encore présent. Au vue de ce que l’homme est capable de faire de mal et d’horrible, de ce que nous sommes capables de faire de mal, on se demande si, comme il l’a fait à Nazareth après l’arrestation de Jean-Baptiste, Dieu ne s’est pas retiré sans bruit de notre vie, s’il n’a pas quitté notre cœur. Nos actes finissent par éloigner Dieu de notre vie, et nos belles prières ne suffiront pas toujours à le faire revenir.

Au vue de ce que je suis, des actes que je pose, des paroles que je prononce, au vue de la manière dont je traite mes frères et sœurs, ceux sur qui je peux avoir une influence, de l’autorité, un pouvoir, au vue de la manière dont je traite celui ou celle qui ose me résister, qui a le courage de me dire ce qu’il pense de moi, de me remettre en cause, de contester ce que je fais, puis-je dire que Jésus n’a pas encore quitté ma vie, le territoire de mon cœur ? Ma maison, mon lieu de travail ne sont-ils pas devenus des lieux où Jean-Baptiste est emprisonné, bâillonné, licencié. Ne suis-je pas cette localité qui arrête Jean-Baptiste et qui finit par exaspérer Jésus ? Ne suis-je pas Hérode qui refuse une remise en cause et qui en veut à celui qui le met en cause ? Ne suis-je pas Hérodiade dont la haine et la rancune a déjà fait tant de dégâts, tant de victimes, qui se sert des autres pour régler mes comptes ? Ne suis-je pas ces serviteurs qui exécutent la sale besogne qui est de couper la tête de Jean-Baptiste sans avoir le courage de se révolter, mais qui se taisent pour ne pas perdre leur job ? Tous les acteurs qui ont joué la tragédie macabre de l’arrestation puis de la mort de Jean-Baptiste ne sont-ils pas encore réunis aujourd’hui pour reprendre chaque jour ce scénario

Ne disait-il pas lui-même : « En toute ville où on refusera de vous accueillir, retirez-vous en secouant la poussière de vos sandales. Ce sera pour eux un témoignage.» (Mt 10, 14). Il a quitté Nazareth, il se peut qu’il quitte aussi chez moi.

Ce départ de Jésus exprime toute la peine de Dieu devant l’injustice, l’arbitraire dans le monde. Il signifie qu’il tourne le dos à tous ces actes ainsi qu’à ceux qui les commettent, qu’il ne les cautionne pas, que ces gens ne pourront le voir que de dos, mais qu’ils ne verront pas sa face.

Frères et sœurs, voilà pourquoi, au regard de tout ce qui se vit, et ce dont nous sommes nous-mêmes témoins, Jésus nous appelle à la conversion. Et la conversion est symbolisée dans cet évangile par ces deux frères, Pierre et son frère André. Ils se sont convertis en acceptant de devenir pêcheurs d’hommes, eux qui étaient de simples pécheurs de poissons.

Frères et sœurs, quand on parle de conversion, nous voyons généralement des choses qu’il faut abandonner, quitter, des renoncements à faire, ce qui au demeurant n’est pas faux. Mais dans ce passage, Jésus nous invite à voir la conversion d’une manière positive : se convertir, c’est faire mieux ce que nous faisons habituellement, c’est améliorer notre manière d’être. Pierre et André étaient pêcheurs de poissons, ce qui était loin d’être une mauvaise chose. Au contraire, cette activité leur permettait de vivre et de nourrir leur famille. Ils travaillaient pour eux-mêmes et leurs familles. Mais en devenant pêcheurs d’hommes, leur travail, le fruit de leur travail ne se limitera pas seulement à leur seule personne ou encore à leur seule famille, ils travailleront désormais pour tout le monde. Se convertir, c’est donc faire beaucoup mieux, beaucoup plus ce qu’on faisait déjà.

Comme Pierre et André, nous faisons déjà beaucoup de bonnes choses. Notre vie de tous les jours, malgré nos limites et nos difficultés, est illuminée par des actes, des paroles merveilleuses, il nous arrive de laisser éclater le bien en nous. Comme eux, notre vie, nos journées sont des journées de pêche, activités pour subvenir à nos besoins et à ceux des nôtres. Et si Jésus aujourd’hui nous appelle à la conversion, c’est pour nous encourager à faire un peu plus, à travailler un peu plus pour les autres et pas seulement pour nous-mêmes, à partager un peu plus, à pardonner un peu plus. Il nous invite à aller plus loin dans le bien, dans le vrai, dans le juste, dans le sacrifice, dans la générosité.

Frères et sœurs, nous sommes dans une société de l’à peu près, de la médiocrité, des choses faites à moitié, dites à moitié, une société où nous avons du mal à finir ce que nous avons commencé, où nous avons du mal à aller au bout de nos belles intentions. Nous nous contentons des demi justices, des demi vérités, des demi prières, des demi-journées de travail, La conversion c’est justement de faire désormais les choses jusqu’au bout, exactement comme le Christ lui-même qui nous a aimés jusqu’au bout. Si, comme nous aimons souvent à le dire, la perfection n’est pas de ce monde, devons-nous pour autant transformer notre monde en jardin de la médiocrité ? Ne restons pas seulement des pêcheurs de poissons, devenons des pêcheurs d’hommes. Etre pêcheur de poisson, c’est faire le bien pour une moitié qui est mon ventre et les miens. Etre pécheur d’hommes, faire penser aussi à l’autre moitié, faire le bien totalement.

Frères et sœurs, le fait d’être seulement pêcheurs de poissons fait de notre vie une lutte les uns contre les autres, une lutte sans merci pour accaparer pour soi les biens disponibles, les emplois disponibles, les places disponibles aux concours. Etre pêcheurs de poisson fait très peu d’heureux mais beaucoup de malheureux. Etre pécheurs de poisson divise notre société entre d’une part ceux qui ont, et d’autre part ceux qui n’ont rien. Etre pécheurs de poisson, c’est pécher pour son ventre. Alors qu’être pêcheurs d’hommes, c’est prendre tout le monde dans son filet, dans le filet de son amour, de son partage, c’est recevoir et servir tout le monde avec le même amour et la même sollicitude. Etre pêcheur d’homme, c’est quitter son père qui attend que nous travaillions pour la petite famille pour cet autre Père qui nous demande de travailler pour toute sa grande famille qu’est l’humanité. Et c’est vrai qu’en regardant notre vie, nos activités, nous sommes plus pêcheurs de poisson que pêcheurs d’hommes.

Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à être uniquement pêcheur d’hommes. Et de plus, quand on est pêcheur de poisson, le fruit de notre pêche, ce qui tombe entre nos mains, le poisson, meurt pour que nous puissions vivre. Alors que lorsqu’on est pécheur d’hommes, le fruit de notre pêche, cet homme que nous récupérons vit plus intensément, plus pleinement, même si pour cela il faut que nous sacrifiions notre vie.

Ajouter un Commentaire


   

Agenda  

mai 2019
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
   

Informations Pratiques